SoulOfAnbessa

These 163 pages represent almost two years of work, at the end of my university studies in Fribourg. Thanks to the open-mindedness of my history professor, Mr Francis Python, I was given the opportunity to study what had already been my passion for years. A hard but wonderful challenge, that led me to meet some great people, who played a major role in rooting a reggae scene in Switzerland, like Asher Selector in Geneva, and Marc "Nof Nof" Tourtchaninoff in Neuchatel. Despite its title, its written in french...

This work is dedicated to the memory of Mathieu Lugon, who passed away in Jamaica in 1998, and who was moved by the very same passion that led me to write about and produce jamaican music.

© Marc Ismail

 

It a go dread inna Switzerland

Pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui découvrent le reggae en Suisse aujourd’hui, en plein retour en force du genre, tout peut sembler une évidence : cette musique est mondialement connue, son plus illustre représentant une icône planétaire que certains n’hésitent pas à exploiter pour vendre des chaussures ou du savon. Plusieurs magasins spécialisés existent à travers le pays, les concerts se succèdent semaine après semaine, sans même parler des soirées qui fleurissent dans les lieux les plus improbables. Des Suisses écoutent du reggae, en collectionnent, en passent en soirées, en jouent au sein de groupes, en produisent sur leur propre label, promeuvent des artistes jamaïquains. Et même parmi les, très largement majoritaires, non-amateurs, rares sont ceux pour qui l’évocation de ce genre musical n’évoque ne serait-ce qu’un réducteur tissu de clichés. Quoi de plus naturel en apparence ?

Cependant, si l’histoire s’encombrait de calculs de probabilités, les chances pour que la musique des ghettos de Kingston arrive jusqu’à des oreilles helvétiques étaient pour ainsi dire nulles. En effet, mis à part le lien musical qui fait l’objet de ce mémoire, tenter de tracer une ligne directe entre ces deux pays distants de dix mille kilomètres paraît laborieux. Géographiquement, historiquement, culturellement et économiquement, rappelons que le PIB par habitant de la Suisse est vingt-quatre fois supérieur à celui de la Jamaïque1, ils n’ont rien en commun.

'bon nombre de Jamaïcains portent sans le savoir l’un des plus éminents symboles helvétiques au fond de leurs poches'


Il existe certes, pour un œil ou une oreille avertis, quelques minces, et somme toute anecdotiques, liens transatlantiques entre deux terres que tout oppose. Le premier, et sans doute le plus surprenant pour tout voyageur suisse posant le pied en Jamaïque, outre le fait que la magnifique et difficilement compréhensible langue du pays s’appelle le « patois », est l’omniprésence, en vert sur fond blanc, du Cervin. En effet, l’une des marques de cigarettes les plus populaires de l’île est Matterhorn, et de ce fait bon nombre de Jamaïcains portent sans le savoir l’un des plus éminents symboles helvétiques au fond de leurs poches2.

L’un des selectas les plus en vue ces dernières années en a d’ailleurs même tiré son nom : Tony Matterhorn. Autre nom évocateur, d’un point de vue helvétique : l’Edelweiss Park, à Kingston, où Marcus Garvey prêchait le dimanche et tenait régulièrement ses réunions politiques en plein air3...

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1. Respectivement 34'304 et 1'401 $/hab.
Chiffres tiré de l’atlas mondial Encarta,
édition 1995.

2. Ne disposant d’aucune information sur l’origine de la marque,
nous ne pouvons qu’émettre ici l’hypothèse que,
dans le sillage d’immigrés allemands arrivés dans l’île
à la fin du XIXème siècle, quelques Suisses s’y seraient installés,
emmenant le Cervin dans leur bagages.

3. Chevannes, Barry
Rastafari : Roots and Idelogy
SUP, 1994, p. 92
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