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06
Jul
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La «reggae nation» roule toujours son joint, 30ans après Marley

publié pour la première fois dans 24Heures

Le festival accueille ce soir sa traditionnelle soirée reggae. L’occasion d’un petit tour d’horizon d’une scène musicale en pleine santé.

Reggae Nation

Pour les médias, les majors et le grand public, le reggae est mort le 11 mai 1981. Figé à son apogée dans le granit du mausolée de son ambassadeur extraordinaire, Robert Nesta Marley. Bob, pour les intimes.

Durant les quatre années précédentes, Marley avait accumulé les disques d’or et rempli les stades, de Paris à Auckland. Les grandes maisons de disques, Virgin et EMI en tête, s’étaient pressées pour faire signer des artistes jamaïquains, flairant la bonne affaire. Les musiciens européens, de Paul McCartney à Serge Gainsbourg, avaient défilé à Kingston pour se fournir des seules armes de destruction massive que l’île ait jamais possédé: ses sections rythmiques. Mais la mort subite du charismatique héraut a semé la panique. Contrats rompus, tournées abandonnées, l’exotique épisode reggae était bel et bien bouclé aux yeux des décideurs de l’industrie musicale.

Sono mondiale

Pourtant, près de trois décennies plus tard, le reggae et les autres membres de la famille des musiques jamaïquaines – ska, rocksteady, dub et dancehall – sont toujours bien vivants. Et ce aux quatre coins du monde. Le Japon recèle quelques-uns des meilleurs orchestres ska de la planète, et le sound system nippon Mighty Crown réunit des dizaines de milliers de spectateurs pour son anniversaire annuel. L’Afrique, du Maroc – où les Gnawas le mêlent à leurs chants – à l’Afrique du Sud, qui a perdu en automne dernier sa superstar Lucky Dube, assassiné pour sa voiture, vibre toujours au son de Marley, de Burning Spear et de Culture. Quant aux Indiens Havasupaï d’Arizona, ils ont tout simplement fait du reggae une musique de culte. Même la Chine commence, avec quelques décennies de re- tard, à s’éveiller au genre.

La Suisse n’échappe pas à cet étonnant constat, bien au contraire. Depuis cinq ou six ans, on y remarque en effet un fort regain d’intérêt pour reggae et confrères, et l’émergence d’un nouveau public, très jeune. Une nouvelle vague attirée tant par la musique elle-même que par le parfum de contestation et d’anticonformisme qui l’entoure en volutes épaisses. Un vieux cliché, certes, mais une indéniable réalité aussi.

Pour la Suisse romande, deux principaux foyers épidémiques sont recensés. Neuchâtel, tout d’abord, où s’était formé autour du pionnier Marc «Nof Nof» Tourtchaninoff un noyau dur qui a notamment donné naissance au Heart Beat Band, l’un des tout premiers groupes du continent. La ville a également servi pendant deux ans de lieu de renaissance au vieux tromboniste Rico Rodriguez, seul Jamaïquain à avoir jamais eu les honneurs du mythique label Jazz Blue Note. Le flambeau est toujours porté aujourd’hui par les Moonraisers, l’un des rares groupes locaux à avoir régulièrement l’oreille des programmateurs radio.

Genève, ville reggae de Suisse romande

Puis, dès le début des années 1990, Genève est devenue l’épicentre reggaeistique de l’ouest du pays, par l’entremise d’Alan «Asher» Finkel, dont le verbe fleuri a longtemps régné sur les dimanches de Couleur 3. La ville du bout du lac s’est également taillé une jolie réputation à travers l’Europe sur la scène du lourd et digital UK roots, grâce aux productions des labels locaux Addis et Cultural Warriors. Particularisme occidental, deux pu- blics coexistent et se mêlent au gré des concerts. L’un suit avidement toute nouveauté arrivée de Kingston, et se rue, souris en main, sur les derniers singles de Mavado, de Vybz Cartel ou de Busy Signal. L’autre, résolument nostalgique d’une époque révolue, court voir en concert des artistes qui ne rempliraient plus une cabine téléphonique dans leur île natale: Gladiators, Max Romeo ou Israel Vibration. Peu médiatisées, les soirées se succèdent pourtant au rythme de trois ou quatre par week-end, de Genève au Valais, particulièrement fécond en la ma- tière.

Pourtant, seuls les festivals de l’été rendent épisodiquement perceptible aux oreilles du grand public cette scène plus vivante que jamais, parties émergées d’un ice-berg obstinément résolu à ne jamais couler. 

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