SoulOfAnbessa

22
Aug
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Une place au soleil à Kingston

publié pour la première fois dans 24Heures

Après l’immense succès des précédents albums, vendus à 300.000 exemplaires, l’Allemand Gentleman sort vendredi son troisième opus Another Intensity.

Gentleman interview

Il n’a pas vraiment le physique de l’emploi. Ni le nom, d’ailleurs. Pourtant, à 33 ans, le Colognais Otto Tilmann, alias Gentleman, est le seul artiste européen à pouvoir revendiquer une place sur la scène musicale jamaïquaine. Un exploit à part entière, dans un microcosme saturé qui n’attache pas la moindre importance au facteur exotique. Retour sur un syncrétisme réussi.

– Comment un jeune Allemand s’est-il retrouvé à partager la scène avec les grands noms de la musique jamaïquaine moderne?
– Mon grand frère écoutait beau- coup de roots, alors je suis tombé là-dedans tout jeune... Aucune musique ne m’a jamais parlé autant que le reggae, mais je ne me suis jamais dit «je veux être un artiste reggae», je ne suis jamais allé en Jamaïque pour ça. Selon ma mère, j’ai toujours chanté. Les choses sont venues naturellement, c’est peut-être pour ça que ça a marché.

– Vous avez affronté le public jamaïquain, réputé l’un des plus difficiles du monde. Comment
s’est passée cette rencontre?
– Au Sting (n.d.l.r.: l’un des plus importants festivals de l’île), j’ai vécu le cauchemar de tout artiste. On m’a hué, balancé des bou- teilles, il a fallu m’évacuer de la scène (rire). J’ai encore eu de la chance, ce n’étaient que des bouteilles en plastique. Après moi, le chanteur Frankie Paul a eu droit aux bouteilles en verre. Et il est aveugle... Mais ce n’était pas une mauvaise expérience pour moi. On apprend beaucoup de ce genre de mésaventures. J’en suis sorti plus fort. Le dub poet DYCR a même consacré un couplet à cet épisode. Après ça, ma carrière a vraiment décollé en Jamaïque.

– Comment se manifeste cette reconnaissance?
– Je passe peu en radio là-bas, parce qu’il faut payer pour ça... Par contre, mes morceaux sont souvent joués dans les soirées. Et quand un bon riddim sort, le producteur m’appelle pour que je pose dessus. Ça veut dire que je fais partie du truc, que je suis dedans. C’est le plus important de tout. En Jamaïque, ce qui compte, c’est la musique. Ils se foutent de savoir qui chante. 

– Même s’il reste clairement dans la veine new roots, votre nouvel album comporte plus de sonorités r’n’b que les précédents. Une volonté de ratisser toujours plus large?
– A la base, je voulais faire un album plus dancehall que le précédent. Mais le roots reste mon premier et dernier amour, alors il s’est imposé. Mais c’est vrai que j’ai apporté de nouvelles sonorités, je veux toucher le public le plus large possible, parce que c’est le message qui compte. D’ailleurs, je n’aime pas l’étiquette de «scène reggae». Nous faisons de la musi- que, nous faisons partie d’un tout. 

– Vous semblez très attaché au message véhiculé par votre musique.
– C’est vrai, même si j’ai fait une fois un morceau qui parle de cul... (Il chantonne un refrain plus qu’explicite) Une horreur! Heureusement, personne ne le connaît! (rire) Il faut bien réfléchir à ce qu’on raconte dans ses chansons, parce qu’une fois qu’el- les sont sorties, c’est trop tard. Et un jour vos enfants viendront vous demander ce que vous racontez. 


Une constante «autre intensité» 

S’il ne bénéficie plus de l’effet de surprise qui avait servi le succès de son premier album A journey to Jah, Gentleman le compense par la constance. Rien de révolutionnaire donc dans ce Another Intensity, mais toujours ce son new roots efficace et léché, évitant l’écueil des mixages désespérément plats qui caractérisent souvent le genre. Plus de variations rythmiques cependant, entre balades, r’n’b, dancehall, et quelques bons vieux one-drop. C’est indéniable, le Colognais a le sens du refrain accrocheur, qui compense des textes souvent convenus. Comme c’était le cas pour ses deux opus précédents, Gentleman partage le micro sur plusieurs morceaux. Avec ses compères de toujours, Jack Radics et le sous-estimé Daddy Rings, mais aussi avec la superstar Sizzla, très en verve sur Lack of love. Enregistré entre Cologne et Kingston, et promu avec la force de frappe d’un major, ce troisième album a tous les atouts pour atteindre à nouveau des chiffres de ventes à faire pâlir toute la concurrence dans son domaine. 

Gentleman interview

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