SoulOfAnbessa

01
Mar
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Le doux regard du grand-père

publié pour la première fois dans 24Heures

Le père des DJ jamaïquains U Roy est de passage à Lausanne, pour un concert au D! Club. L’occasion de recueillir le regard d’un pionnier sur ses descendants actuels. 

U Roy interview

A 65 ans, Ewart «U Roy» Beckford commence à sentir le poids des ans. A peine sorti du bus qui l’a emmené de nuit depuis Barcelone, c’est un peu endormi qu’il aborde l’exercice de l’interview. Il suffit pourtant de revenir avec lui ses débuts en fanfare pour que le charismatique «Daddy» retrouve la verve qui a bâti sa légende.

– En vous enregistrant, le producteur Duke Reid a lancé une révolution dans l’histoire de la musique ja­maïquaine. Qu’est­ ce qui l’a poussé à faire entrer un DJ en studio?
– A l’époque, à la fin des 60’s, je toastais pour le sound system de King Tubby, qui passait beaucoup de riddims de Reid. Des gens m’ont entendu en soirée, sont allés le voir et lui ont dit «Tu devrais aller écouter ce petit jeune». Il l’a fait, et a décidé de m’enregistrer. C’est aussi simple que ça...

– Duke Reid, un ancien poli­ cier, avait la réputation d’être peu commode...
– C’était un dur! Ça, c’est sûr... Mais ça ne m’a jamais posé de problèmes, car il me traitait bien. Mais quand un morceau lui plaisait, il tirait en l’air, en plein studio, avec les pistolets qu’il avait toujours sur lui! Quand j’ai enregistré mes premiers hits, comme Wake the town, il a canardé le plafond! C’était bon signe! (Rire)

– Vous avez lancé l’art du toast sur disque. Vous considé­rez-­vous quelque part comme le grand­-père de la généra­tion dancehall actuelle?
– (Rire) Oui! Ils continuent l’œuvre que j’ai commencée il y 35 ans. Ils récoltent aujourd’hui les fruits du travail des pionniers, et ça me réjouit. Il faut toujours des gens pour reprendre le flambeau. Tout seul, on ne peut rien faire. Alors oui, je les considère comme mes descendants.

– Mais, alors que le message de vos morceaux a toujours été positif, certains basent leur répertoire sur le sexe, l’argent ou les armes.
– C’est vrai, mais je ne suis pas pour autant un juge. Je ne passe jamais ce genre de morceaux dans mon sound system Sturgav, mais ce n’est pas à moi de leur dire d’arrêter. Ils doivent s’en rendre compte eux-mêmes, réaliser que des jeunes écoutent ce qu’ils racontent. Regardez Capleton, ou Buju Banton. Ils avaient ce genre de messages avant, puis ils ont réalisé que ça ne les menait nulle part.

– Certains pourraient être tentés de jouer soudain les vertueux simplement parce que ça plait au public occi­dental.
– Bien sûr, mais encore une fois, ce n’est pas à moi de juger. On peut tromper les gens autour de soi, mais on ne peut pas tromper Dieu. Je crois en la justice. Les imposteurs seront découverts en temps voulu.

– Depuis bientôt 30 ans, les DJs dominent largement la scène jamaïquaine, au détri­ment des chanteurs. Pour­quoi?
– Parce que c’est plus facile pour les jeunes! Un chanteur ne peut pas se permettre de chanter faux, ou d’être hors du rythme, personne ne voudrait écouter ses morceaux. Un DJ peut se permettre plus de libertés de ce côté-là. 

U Roy interview Duke Reid King Tubby

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