SoulOfAnbessa
30
Dec
0

King Tubby, l'autre king

Duhaney Park est une banlieue sans grand charme, étalée aux pieds des Red Hills qui dominent l’extrême Ouest de Kingston. Des routes larges et raisonnablement abîmées, une poignée de chiens lascifs, et quelques grosses voitures qui dorment sous des manguiers immenses. Et, à bonne distance l’un de l’autre, des pavillons d’un étage aux murs blanc et rose pastel que le soleil de midi rend éblouissants. L’un de ces quartiers de Kingston qui raconte les premières années d’indépendance de la Jamaïque, qui virent la classe moyenne naissante cesser de rêver d’Angleterre pour se tourner tout entière vers la voisine Amérique. C’est là, au coin de Sherlock Crescent et Duhaney Drive que Miss Del passe ses journées au frais sous sa véranda. Elle s’appelle Veronica Johnson, mais aussi loin qu’elle se

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27
Dec
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La violence est dans l'annuaire

Compulser, à ses heures perdues, l'épais volume des pages jaunes de la capitale Kingston est riche d'enseignements. On y lit, en filigrane, beaucoup de choses sur la société jamaïquaine. De son identité tiraillée entre cet insatiable appétit d'Amérique qui transpire partout, et une volonté permanente de s'affirmer comme unique et originale malgré tout. De cette frénésie de consommer et de paraître qui, au travers du prisme d’une publicité qui ne s’embarrasse ni de subtilité ni de suggestion, paraît encore plus forte ici qu’ailleurs.

Mais ce que dit aussi le Business telephone directory, c’est la violence intrinsèque, profonde, quasi constitutive de cette société. Ici, l’insécurité n’est pas un thème fluctuant au gré des agendas politiques et des besoins de faire diversion. C’est un

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22
Dec
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Vernon Maytone's cut ends the Tizita riddim

After a few little tribulations, Vernon Maytone's cut of the Tizita riddim, "Why peace take a back seat", is finally out on 7" !

On the flip, Inyaki's instrumental version, "Tizita mood". 

Mixed by Inyaki and Dub Terror.

The record is available in a growing number of online shops, and will be available early next year for legal download.


07
Dec
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C'est quoi cette musique de merde ?

Reggae : Musique de merde ?

Lorsque l’on évoque son amour irrépressible pour le reggae avec l’immense majorité de ses interlocuteurs, hélas résolument insensibles au magnétisme de cette musique, la réaction est presque immanquablement la même : « Le reggae c’est chiant, c’est tout le temps la même chose ». Le tout prononcé d’un air las, quoiqu’assez ferme pour disqualifier d’emblée toute velléité de plaidoirie. Pourtant, on aimerait tant les faire s’asseoir un instant, leur faire écouter les mondes qui séparent la batterie aérienne de Drumbago de l’artillerie de Sly, les envolées de Don Drummond des mélopées d’Augustus Pablo, le son mystique et ouaté du Black Ark des guitares acérées d’Harry J, les amours adolescentes de Slim Smith des prêches abyssaux de Prince Far I. On aimerait leur parler de cette

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06
Dec
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La case de l'oncle Marcus

La case de l'oncle Marcus

Les garveyites et "garveyologues" les plus éminents étaient réunis dimanche à l’Institute of Jamaica, au cœur du triste et fascinant Kingston historique. Un magnifique bâtiment bicentenaire, témoin anachronique de la splendeur passée des lieux. Au premier rang d’une salle au profond charme désuet, assis sur de vieux sièges de théâtre blancs, du beau monde aligné : les professeurs Barry Chevannes, Rupert Lewis et Daphne Douglas, illustres exégètes de Garvey, de rasta et de tout ce que la Jamaïque recèle d’africanité. Courbé dans son siège trop grand, la figure tutélaire Frank Gordon était là aussi. Vétéran légendaire de la parole pan africaniste jamaïquaine, le très vieil homme, qui se déplace aujourd’hui avec beaucoup de difficulté, fut élève de Garvey, et de St William Grant, pionnier

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05
Dec
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Tribute to Count Ossie

Pour les indécrottables nostalgiques de mon espèce, les séjours en Jamaïque ont quelque chose de frustrant par moments. Bien sûr, on sait bien que l'on est en 2009, que les heures de gloire du roots reggae, de la musique militante et des sections de cuivres en ordre de combat sont bien lointaines. Remonter aujourd'hui Orange Street ou Maxfield Avenue, en pensant à ce que ces lieux représentaient à leur grande époque, suffit à mesurer le temps passé.

Et pourtant, à force d'entendre les innombrables radios de Kingston diffuser sous l'étiquette «roots» des morceaux one drop au mix creux et insipide, aux harmonies r'n'b anémiques, et infestés d'autotune, on ne peut s'empêcher de continuer à rêver en secret à une machine à remonter le temps. On ne peut s'empêcher de penser que, quoi

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03
Dec
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Jamaica no problem ?

S’il est un souvenir apparemment incontournable aux yeux de tout touriste rentrant de deux semaines d’hédonisme mélanomogène sur les plages privées et sécurisées de Montego Bay ou de Negril, c’est bien le t-shirt « Jamaica no problem ». Il marche si fort qu’il doit sûrement figurer à lui tout seul dans le maigre PNB de l’île aux sources.

Le constat est pourtant à peu près aussi pertinent qu’un équivalent helvétique « Switzerland no mountain »... Jamaïque, pas de problème... Une économie dévastée depuis le crash du bauxite dans les années septante, un système social et éducatif saigné à blanc par 30 ans d’exigences insensées du FMI, une violence endémique matérialisée par un taux d’homicides – 1600 meurtres en 2006, pour 2,7 millions d’habitants - qui n’a d’équivalent qu’au

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02
Dec
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Amnésie contre nostalgie

Vendu sur le site d’enchères e-bay : un vieux caisson de basse, usé par les pluies quotidiennes, du Home-Town Hi FI, le sound mythique d’Osbourne « King Tubby » Ruddock, roi du dub et du sound system. Pour 617 $, ce morceau d’histoire partira pour la Grande-Bretagne.

Anecdotique, la transaction est malgré tout révélatrice. Révélatrice de l’amnésie d’une île qui semble ne pas réaliser l’héritage unique que représentent ces fragments de son histoire musicale, de son histoire tout court. Les uns après les autres, ces témoins d'une aventure sans équivalent sur la planète partent décorer les salons anglais, ou les vitrines japonaises. Aucun musée national ne rappelle l’épopée de la « loudest island on earth », les autorités touristiques ayant de tout temps préférer vendre à

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